Par Anne Isabelle Barthélemy
Coordinatrice à la Chambre des Beaux Arts de Méditerranée



Le Forum Civil Euromed rassemblant des ONG de tout le pourtour méditerranéen à Marseille du 10 au 12 novembre 2000, nous a donné l'occasion de porter la parole et les recommandations des femmes réunies à Amman quelques jours auparavant pour le Forum Inter Régional
" Femmes des deux rives ". L'intégralité du texte des recommandations " Femmes des deux rives " est placée en annexe de la déclaration finale du groupe de travail " Partenariat pour le développement local " (PDL), un des six ateliers constitutifs du Forum Civil Euromed. Cette déclaration finale indique dès son préambule qu'elle s'appuie sur les textes adoptés lors des réunions préparatoires, notamment celui de Amman. 
D'autre part ce texte a servi de base de réflexion pendant les deux jours de travail effectué en atelier à Marseille. Plusieurs points de la déclaration du groupe PDL se situent donc dans la continuité de Amman. Tout d'abord la déclaration insiste en plusieurs points sur la dimension culturelle du développement. Elle indique comme un impératif la nécessité de fonder le partenariat euroméditerranéen sur une reconnaissance claire et un engagement à respecter le pluralisme culturel, ethnique et religieux des peuples constitutifs de la Méditerranée, dans la complémentarité et le respect mutuel. Ensuite, reprenant la recommandation énoncée à Amman de soutenir les ONG à mener des campagnes de sensibilisation sur l'importance du patrimoine et de l'artisanat, la déclaration du groupe PDL réclame l'intégration de l'action culturelle à tous les programmes et lignes budgétaires relatifs à la coopération euroméditerranéenne. La proposition de la Chambre des Beaux Arts de Méditerranée adoptée à l'unanimité à Amman de création d'un label international pour protéger et promouvoir "les produits culturels de développement" était entièrement reprise comme un impératif.
Axé sur le développement local, (comme son nom l'indique), l'atelier a développé certains points dans sa déclaration qui ne figuraient pas littéralement dans le texte d'Amman, mais qui se situent dans le prolongement de l'esprit et des préoccupations du Forum, comme la nécessité de prendre en compte les revendications des mouvements de la société civile, et la
" la reconnaissance du développement local comme une démarche économe et efficiente, (…) qui intègre au plus près des réalités les revendications liées aux droits fondamentaux sur les plans économiques, sociaux et culturels en tant que droits fondamentaux ". Les participants tenaient aussi à préciser l'importance d'une autonomie véritable des acteurs associatifs du développement local et de leurs organisations.
Concernant les outils de développement, les ONG présentes à Marseille rejoignaient les préoccupations des femmes réunies à Amman en exprimant le besoin
"d'information, de formation et d'appropriation des concepts, outils, méthodes et approches du développement local participatif ", et la nécessité de " créer les conditions de contractualisation pour l'expression des populations concernées sur leurs demandes, leurs besoins, leur participation, la valorisation de leurs savoir-faire dans le sens d'une véritable démocratie participative " Sur le plan de l'accès aux financements, les demandes convergeaient pour prospecter et développer des modes de financements innovants et de proximité, tels que l'épargne solidaire, les placements éthiques, le crédit mutualiste, etc...
Le groupe PDL reconnaît l'importance de réunions comme celle qui s'est effectuée à Amman en énonçant
" le besoin impérieux de mise sur pied d'un processus d'échange d'informations et de concertation sur le partenariat Euromed par le biais notamment de forums locaux, régionaux, internationaux… dans tous les pays partie prenante au processus ". Le groupe PDL affirme également sa volonté implicite de continuer le travail débuté à Amman concernant la mise en réseau des partenaires en s'engageant à " créer dès ce jour les conditions de démarrage d'une mise en réseau méditerranéen ", à " contribuer, par une mise en commun de nos moyens, aux indispensables outils de diffusion de l'information dont les sites Internet ", et à " soutenir la création de canaux de communication et de commercialisation sur les bases du commerce équitable ".
Enfin et surtout, la question féminine s'est imposée comme incontournable et jusque là insuffisamment prise en compte. La déclaration rappelle entre autres " 
l'absolue nécessité de la reconnaissance autant que de la valorisation du rôle des femmes, leur participation à la prise de décisions par l'accroissement des compétences  là où cela est nécessaire ".
Le Forum Civil a permis au sein du groupe Partenariat pour le Développement Local de faire connaître la parole des femmes des deux rives réunies à Amman. La réflexion s'est enrichie par la présence de nouveaux participants. Elle témoignait de la dynamique du projet et de la justesse de ses attentes.

Les résolutions du
Forum Interrégional
"Femmes des deux rives"
Amman, Jordanie,
reflétées
dans le Forum Civil
Euroméditerranéen 2000, Marseille.